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La dimension spirituelle et religieuse dans l'accompagnement de l'adulte âgé — ni tabou ni imposition

L'art du prendre soin
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TREE OF LIFE

La dimension spirituelle et religieuse dans l'accompagnement de l'adulte âgé — ni tabou ni imposition

L'art du prendre soin
Publié par Gérontosud Humanisud dans Réflexions & Humanisme · Mardi 05 Mai 2026 · Temps de lecture 8:30
Tags: SpiritualitéetReligionenEHPADAccompagnersansImposer|GérontosudHumanisud
Il y a des choses que l'on ne voit pas sur les transmissions. Que Mme B. récite le Notre Père chaque soir avant de s'endormir. Que M. A. ne mange pas de porc depuis toujours et que personne ne le sait vraiment. Que cette femme de 91 ans, lucide et discrète, ne demande jamais rien — mais qu'elle a besoin, profondément, que quelqu'un lui lise un psaume de temps en temps.
La dimension spirituelle et religieuse dans la vie des adultes âgés est l'une des réalités les moins nommées dans nos établissements — et pourtant l'une des plus présentes. Elle mérite qu'on s'y arrête. Non pour en faire un sujet sensible à éviter, ni pour en faire un programme à appliquer. Mais pour qu'elle devienne ce qu'elle devrait être : une composante naturelle de l'accompagnement humain.

Spiritualité et religion : deux choses différentes
Avant d'aller plus loin, une distinction s'impose — elle est essentielle pour les soignants.
La religion est une pratique organisée, institutionnelle, qui s'inscrit dans une communauté, des rites, des textes sacrés, un calendrier. Catholique, protestante, musulmane, juive, bouddhiste — chaque religion a ses codes, ses fêtes, ses interdits alimentaires, ses rituels de fin de vie.
La spiritualité est plus large, plus intime. C'est la quête de sens, le besoin de se situer face au mystère de l'existence, d'habiter sa vie autrement que par la seule dimension matérielle. Une personne peut être profondément spirituelle sans pratiquer aucune religion. Une autre peut pratiquer une religion sans avoir une vie intérieure riche.
Les Anglo-Saxons ont un acronyme pour désigner ceux qui se reconnaissent dans cette catégorie : SBNR — Spiritual but not religious — spirituels mais pas religieux. En France, où la laïcité est constitutive de l'identité collective, cette distinction est particulièrement importante à garder en tête.

Ce que vivent les résidents — et ce que dit la science
Pour beaucoup d'adultes âgés, et particulièrement pour les générations nées avant 1950, la foi n'est pas une conviction abstraite. C'est une présence quotidienne, un langage intime, une façon d'habiter le monde et d'affronter la mort.
La recherche scientifique sur ce sujet est désormais solide. Une revue de littérature publiée dans Frontiers in Medicine en 2022 (Coelho-Júnior et al.) portant sur des dizaines d'études conclut à une corrélation significative entre spiritualité et santé mentale chez les adultes âgés — notamment une réduction de l'anxiété, une meilleure adaptation face aux pertes, et un sentiment plus fort de cohérence intérieure.
Les croyances et pratiques religieuses favorisent le développement de larges réseaux de soutien social. Les personnes âgées qui font partie d'un tel réseau sont moins susceptibles de se négliger. MSD Manual
Tandis que des changements importants s'opèrent dans les ressources sociales, physiques ou même financières, la religion et la spiritualité semblent être des sources de soutien et de bonnes stratégies pour faire face. Espace Infirmier
Et ce bénéfice ne s'arrête pas aux résidents. De nombreuses études ont montré que le sentiment religieux facilitait l'adaptation et était bénéfique pour la santé mentale des aidants des personnes âgées souffrant de démence, de cancer ou d'autres maladies graves et/ou terminales. CNSA

Ce que cela change concrètement dans le soin
Pour une personne atteinte de démence avancée qui ne reconnaît plus ses enfants, les rituels religieux peuvent rester accessibles longtemps après que le langage verbal ait disparu. Des études de la Société Alzheimer du Canada mettent en avant l'intérêt du contact avec la nature, la musique et les rituels pour répondre à un besoin spirituel. Donner accès à des images, des odeurs, des sons, ou faire la lecture de textes sacrés, chanter d'anciens chants religieux peut déclencher un souvenir et permettre à la personne de ressentir un sentiment d'appartenance. Arradon
Cette approche sensori-émotionnelle est particulièrement précieuse en EHPAD. La mémoire du corps — le geste du signe de croix, la mélodie d'un cantique, l'odeur d'encens — peut rester longtemps après que la mémoire explicite s'est éteinte.

La laïcité : un cadre, pas une interdiction
En France, la laïcité est un principe fondateur. Dans les établissements publics, elle s'applique aux agents — pas aux résidents. Il est important de rappeler que le respect de la laïcité n'induit pas une interdiction de pratiquer une religion mais une possibilité, une ouverture, un respect de chacun. Elle permet la liberté de culte dans le respect du pratiquant et du non-pratiquant. Arradon
Concrètement, cela signifie qu'un soignant dans un EHPAD public ne peut pas afficher ses propres convictions religieuses dans l'exercice de ses fonctions — mais qu'il a l'obligation d'accompagner le résident dans les siennes, s'il le souhaite. Ce n'est pas une contradiction. C'est la définition même du respect de la personne.
Dans les établissements privés à caractère confessionnel, les règles diffèrent — mais l'esprit reste le même : la conviction du soignant ne doit jamais s'imposer à la personne accompagnée.

Ce que les soignants peuvent faire — et ne pas faire
La posture juste n'est ni l'indifférence ni le prosélytisme. C'est quelque chose de plus délicat — et de plus humain.
  • Écouter sans juger. Quand un résident parle de Dieu, de l'enfer, du purgatoire, de ses péchés, de ses prières — il n'attend pas que le soignant partage ses croyances. Il attend d'être entendu. Une écoute attentive, sans commentaire ni sourire condescendant, est déjà un acte de soin majeur.
  • Demander, ne pas supposer. La France est un pays de traditions catholiques majoritaires — mais la réalité des EHPAD est bien plus diverse. Un résident d'origine maghrébine peut être pratiquant ou totalement non-pratiquant. Un nom à consonance juive ne dit rien sur la pratique. Ne jamais supposer. Toujours demander, doucement, dans le cadre du projet de vie : « Avez-vous des pratiques religieuses ou spirituelles qui vous sont importantes ? »
  • Respecter les interdits alimentaires. Le halal, le casher, le jeûne du ramadan, le vendredi sans viande pour les catholiques pratiquants — ces éléments doivent figurer dans le projet d'accompagnement et être transmis à la cuisine. Ils ne sont pas des caprices. Ils sont l'expression d'une identité profonde.
  • Faciliter les rituels. Un chapelet dans la main d'une résidente qui ne peut plus parler. Un tapis de prière orienté dans la bonne direction. Une Bible posée à portée. Une messe retransmise à la télévision. Ces gestes ne coûtent rien. Ils signifient tout.
  • Alerter et transmettre. Quand un résident exprime une souffrance spirituelle — culpabilité, peur du jugement divin, sentiment d'abandon de Dieu, angoisse existentielle face à la mort — cela doit être transmis. L'équipe, la psychologue, l'aumônier si l'établissement en dispose, peuvent relayer.
  • Ne pas s'improviser aumônier. Le soignant n'a pas à répondre aux questions théologiques, à prier avec le résident ou à commenter ses croyances. Son rôle est d'accueillir, de faciliter, de transmettre. Pas de remplacer.
     
Et quand les croyances posent problème ?
La religion n'est pas toujours simple à accompagner. La dévotion religieuse peut parfois favoriser une culpabilité excessive, une inflexibilité ou une anxiété. Certains résidents peuvent refuser des soins au nom de leurs croyances. D'autres peuvent être en conflit avec leurs familles sur des questions religieuses. D'autres encore peuvent traverser une crise de foi douloureuse face à la maladie ou à la perte. CNSA
Ces situations demandent du discernement, une réflexion en équipe, et parfois l'appui de professionnels formés à l'accompagnement spirituel. Elles ne se gèrent pas seul, en couloir, entre deux soins.

Ce que tout cela dit du soin
Prendre soin d'une personne, c'est prendre soin de tout ce qu'elle est — y compris de ce qui lui donne sens, y compris de ce qui la relie à quelque chose de plus grand qu'elle-même.
Un soignant qui passe cinq minutes à chercher la position de la Mecque pour orienter le tapis d'un résident musulman fait un acte de bientraitance. Un soignant qui prend le temps d'écouter une vieille dame lui parler de son Dieu avec ses mots à elle, sans interrompre, sans se dépêcher, fait un acte de bientraitance. Un soignant qui note dans les transmissions que M. X. a besoin de voir un aumônier avant une opération fait un acte de bientraitance.
La dimension spirituelle n'est pas un supplément d'âme réservé aux établissements confessionnels. Elle fait partie du soin humain — dans tous les établissements, avec tous les résidents, pour tous les soignants.

Références
  • Coelho-Júnior HJ et al., Religiosity/spirituality and mental health in older adults: A systematic review and meta-analysis, Frontiers in Medicine, 2022
  • Agli O., La spiritualité chez les personnes âgées, Thèse de doctorat, Université de Tours, 2016
  • Manuel MSD Professionnel, Religion et spiritualité chez les personnes âgées, édition française, 2025
  • Espaceinfirmier.fr, Quand la nature et la sécurité s'invitent dans le soin spirituel en EHPAD, Objectif Soins & Management, avril 2023
  • Circulaire N°DGOS/RH4/2011/356 du ministère de la Santé, 5 septembre 2011

La dimension spirituelle fait partie intégrante de ce que nous nommons "l'art du prendre soin". Plusieurs de nos formations abordent cette question dans le cadre plus large de l'accompagnement global de la personne.


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