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Qualité de vie au travail des directions en EHPAD : résultats de notre enquête

L'art du prendre soin
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Qualité de vie au travail des directions en EHPAD : résultats de notre enquête

L'art du prendre soin
Publié par Marion Pujolar dans Ressources & Études · Mardi 05 Mai 2026 · Temps de lecture 7:45
Tags: QVTdesDirectionsenEHPADRésultatsdenotreenquête2024|GérontosudHumanisud
CONTENU DE L'ARTICLE :

Il y a une catégorie de professionnels dont on parle peu dans le secteur médico-social. On parle beaucoup des soignants — et c'est justifié. On parle des résidents — c'est indispensable. Mais les directeurs et directrices d'EHPAD, eux, restent dans l'ombre. Leur souffrance ne figure dans aucune statistique nationale. Leur charge de travail n'intéresse pas grand monde. Leur solitude est rarement nommée.
C'est précisément ce constat qui a motivé l'enquête que nous avons conduite en partenariat avec Marion Pujolar, étudiante en Master 2 de Science Politique à l'Université de Montpellier, entre juin et août 2024. 325 réponses ont été retenues. Ce que nous avons découvert mérite d'être dit — et entendu.

Qui sont-ils ? Profil des répondants
Les directeurs et directrices représentent 76,6% de l'échantillon. 46,5% des répondants ont plus de 50 ans. Les femmes représentent 71,1% de l'échantillon, les hommes 28,9%. Plus de la moitié des directeurs (52,7%) ont occupé un poste en EHPAD avant leur poste actuel — une donnée qui dit quelque chose de leur attachement au terrain et à la mission.
Les structures représentées sont en grande majorité rurales (59,4%) et davantage publiques (49,9%). Trois réalités structurelles s'imposent dès le départ : 59,7% des équipes sont incomplètes, 86,5% des établissements font face à de l'absentéisme, et 65,2% au turn-over.
Ce sont les fondations sur lesquelles ces femmes et ces hommes exercent chaque jour. Avant même d'ouvrir la question de leur propre qualité de vie.

Le Covid-19 — une blessure qui n'est pas refermée
La pandémie a constitué un traumatisme professionnel pour les équipes de direction. Selon notre enquête, elle a eu un impact négatif sur la totalité ou la majorité du personnel pour 76% des répondants. Sur leur propre santé mentale, 55,7% reconnaissent un impact négatif direct. Durant la période de crise, 47,1% ont évalué leur niveau de stress entre 9 et 10 sur 10.
Depuis, 81,6% déclarent rencontrer des difficultés à recruter — un chiffre qui illustre à quel point la pandémie a durablement fragilisé l'attractivité du secteur.
Ces données résonnent avec les travaux de l'Observatoire MNH 2024, qui documente l'onde de choc durable de la Covid-19 sur la santé mentale des professionnels de santé. Selon cet observatoire, 58% des médecins déclarent avoir été affectés par des troubles comme la dépression, le burn-out ou des pensées suicidaires ces dernières années. Les directions d'EHPAD, qui ont traversé la crise en première ligne avec des équipes décimées et des familles en détresse, n'ont pas été épargnées. Autonomie revue

Le temps de travail — une réalité hors normes
Les chiffres sont nets. 80,3% des répondants déclarent travailler plus de 40 heures par semaine — contre une moyenne nationale de 37 heures selon la DARES pour 2023. 97,2% travaillent à temps plein.
40% travaillent au-delà de l'horaire prévu tout le temps. 52,3% le font régulièrement. Et 70,7% n'obtiennent aucune compensation en salaire ou en repos pour ces heures supplémentaires.
Cette surcharge ne s'arrête pas aux portes de l'établissement. 18,8% déclarent passer des appels ou envoyer des mails depuis leur domicile après leur journée de travail tout le temps. 55,4% le font régulièrement. En congés, 50,7% continuent à travailler à distance.
La frontière entre vie professionnelle et vie personnelle n'existe pratiquement plus. 75,7% estiment ne pas avoir suffisamment de temps pour eux après leur journée. 64,9% ressentent très régulièrement de la fatigue. Et 91,4% pensent au travail pendant leurs moments de repos.
Un phénomène qui trouve un écho dans les enquêtes sur les dirigeants en général : en France, près de 66% des dirigeants déclarent souffrir d'épuisement professionnel en 2025, contre 40% en 2023. Dans le secteur médico-social, les conditions structurelles — manque de personnel, contraintes réglementaires, pression des tutelles — aggravent encore ce tableau. Andicat

La pression — multifactorielle et constante
86,2% des répondants déclarent subir de la pression dans le cadre de leur travail. Les sources identifiées sont multiples : sollicitations récurrentes de l'ARS et de la HAS, exigences des familles, manque de moyens humains et financiers. 51,4% estiment que cette pression est principalement portée par la direction elle-même — coincée entre les attentes des instances et la réalité du terrain.
46,8% ont déjà appliqué une instruction portée par leur hiérarchie qu'ils désapprouvaient. Ce chiffre mérite qu'on s'y arrête. Il dit quelque chose de la tension éthique que vivent ces professionnels — entre leur conviction profonde sur ce qui est juste pour les résidents et les contraintes qui s'imposent à eux.
Jean-Pierre Riso, président de la Fnadepa, alertait dès 2022 : "Les maisons de retraite sont confrontées à des difficultés inouïes de recrutement et à l'épuisement des salariés en poste." Notre enquête, deux ans plus tard, confirme que rien n'a fondamentalement changé. Sénat

La solitude et l'anxiété — le revers invisible
17,2% des répondants ressentent tout le temps de la solitude dans le cadre de leur travail. 63,1% en ressentent de temps en temps. La solitude du dirigeant d'EHPAD est structurelle : il est seul à prendre les décisions difficiles, seul à porter les responsabilités légales, souvent seul à faire le lien entre une équipe épuisée et des injonctions contradictoires venues d'en haut.
76,9% ressentent de l'anxiété au travail — 24,9% très souvent. Et 66,8% déclarent avoir déjà songé à quitter leur poste actuel. Parmi ceux qui ont exprimé ce souhait de départ, 56,7% ressentent régulièrement ou constamment de la solitude.
Une étude des Echos Études publiée en janvier 2026 dresse un constat similaire : 53% des directeurs d'EHPAD ressentent souvent ou très souvent un sentiment d'épuisement professionnel. Et pourtant, 87% estiment que leur travail a un impact positif réel sur la vie des résidents et de leurs familles. Caducee
C'est là le paradoxe central de ce métier : on l'aime profondément, et il use profondément.

Ce que les directeurs font malgré tout
Ce serait une erreur de ne lire ces chiffres que comme un tableau d'accablement. Car nos répondants font preuve d'un engagement remarquable — malgré tout.
78,5% se sentent soutenus par la majorité de leur personnel. 98,1% déclarent avoir l'impression de contribuer au bon fonctionnement de leur structure. 86,5% ont mis en place des actions visant à améliorer la qualité de vie au travail de leurs équipes — sophrologie, échauffement musculaire, groupes de régulation, journées QVT, médiation par psychologue.
Ces directeurs prennent soin de leurs équipes. Souvent mieux qu'ils ne prennent soin d'eux-mêmes.

Ce qu'ils demandent
Les suggestions recueillies en question ouverte convergent vers quatre axes clairs :
Augmenter les moyens humains et financiers. Diminuer le poids des normes administratives. Réduire la distance entre le terrain et les instances décisionnaires. Et recevoir davantage de reconnaissance pour un métier exigeant, essentiel, et trop souvent invisible.
Ces attentes ne sont pas nouvelles. Elles ont été formulées lors de chaque crise du secteur — Orpea, Covid, pénurie de personnel. Elles continuent d'être formulées. Ce qui change, peut-être, c'est que des enquêtes comme celle-ci leur donnent enfin un visage et des chiffres.

Ce que nous en retenons
Cette enquête, réalisée avec rigueur et sans complaisance, confirme ce que beaucoup pressentaient sans l'avoir documenté : les équipes de direction en EHPAD vivent une situation de fragilité psychologique et professionnelle sérieuse, structurelle, et encore largement ignorée des politiques publiques.
Chez Gérontosud Humanisud, nous travaillons depuis plus de 22 ans avec ces professionnels. Nous savons que la formation — management, gestion des tensions, prévention des RPS, cohésion d'équipe — est l'un des leviers concrets à leur disposition. Pas pour tout résoudre. Mais pour ne pas rester seul face à ce qui est lourd à porter.

Note méthodologique
Cette enquête quantitative a été réalisée par Marion Pujolar dans le cadre de son Master 2 de Science Politique à l'Université de Montpellier, en partenariat avec Gérontosud Humanisud. Le questionnaire a été auto-administré en ligne (CAWI) du 4 juin au 5 août 2024. 325 réponses ont été retenues. Les résultats constituent un premier état des lieux non représentatif de la qualité de vie au travail des membres des directions en EHPAD.
Références complémentaires
  • Les Echos Études / Aladom, EHPAD : des dirigeants entre passion et épuisement, janvier 2026
  • Observatoire MNH, Santé mentale des professionnels de santé, 2024
  • LHH / GPO Magazine, Épuisement professionnel des dirigeants en France, 2025
  • Fnadepa, déclaration de Jean-Pierre Riso, octobre 2022
  • DARES, Durée du travail en France, 2023



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